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CCIG
1, rue de Varembé
Case postale 43
1211 Genève 20 (Suisse)
 
Tél: 41(0)22 734 14 65

 
 
 
 
 
 
Historique
QUELQUES REFLEXIONS SUR LE CCIG ET SON AVENIR
André Schafter, vice-président du CCIG


1. L'histoire

Le souci de quelques Présidents d’Associations Catholiques d’être présents dans la vie internationale après la création de la Société des Nations (SDN) a pris une toute autre dimension lorsque la Charte des Nations Unies a donné aux ONG un statut consultatif. L’Eglise qui considérait jusqu’alors que "l’international" relevait exclusivement de la compétence du Saint-Siège invita les laïcs, par la voix de Pie XII, à s’engager dans ce "nouveau champ d’apostolat."
C’est dans ce contexte que fut créé en 1950, par libre initiative de 7 laïcs [la plupart membres d’organisations internationales catholiques (OIC)], le Centre International d’Information. C’était l’époque où les OIC sollicitaient avec enthousiasme leurs statuts consultatifs. Quelques années plus tard une vingtaine d’entre elles étaient reconnues à Genève. Le Centre donc tout naturellement se mis à leur service, mais non exclusivement. En contre-partie la Conférence des OIC fournit une contribution financière essentielle mais qui alla en diminuant pour devenir secondaire à partir des années 75/80 puis annexe dix ans plus tard. Cette évolution n’a pas de signification politique; elle exprime simplement une évolution économique. En effet, la Conférence s’est trouvée privée des 2/3 des subventions reçues du Saint-Siège lorsque fut créé le Conseil Pontifical pour les Laïcs. Dans le même temps on ne pouvait augmenter les cotisations des OIC alors qu’elles commençaient à connaître un déclin de leurs ressources qui n’a fait que s’accentuer par la suite.
Le Centre ayant été contraint à rechercher d’autres sources de financement et à diversifier ses activités il est apparu nécessaire d’élaborer de nouveaux statuts d’une Association de Droit suisse qui furent déposés en 1992 sous le titre de Centre Catholique International de Genève (CCIG). Dans le même temps un protocole était rédigé avec la Conférence des OIC pour établir des liens de solidarité dans le respect des deux entités.
Par ailleurs le CCIG a continué à bénéficier d’une aide appréciable et fidèle de l’Action de Carême (Suisse) et du CCFD de Paris; il a pu aussi trouver des ressources propres par diverses prestations et par des cotisations. On arriva ainsi à mettre en place un budget minimal qui permit la maintenance du Centre sans que l’on puisse parler pour autant d’un fonctionnement normal.
En effet, depuis dix ans le Centre n’a plus de Directeur et repose sur le bénévolat des membres du Bureau et du Conseil. L’exécution des programmes fut assuré jusqu’en décembre 1999 par un secrétaire exécutif particulièrement efficace en la personne de Marcel Furic. Sa disparition tragique a souligné l’extrême fragilité de ce qui avait été mis en place dans des conditions exceptionnelles. Aujourd’hui l’avenir du Centre est en question, mais nous pouvons le penser avec une grande liberté de décision car la situation budgétaire est saine et aucun problème social ne se pose.
Si nous dépassons les questions de gestion et d’organisation pour évoquer la mission du Centre au cours de ses cinquante années d’existence nous devons d’abord noter que pour les OIC l’exercice du statut consultatif se révéla aussi ingrat qu’accaparant. Il y eut un désenchantement et leur ferveur déclina. Dès les années 70 on constatait à Genève un fort désengagement.
Cet effacement progressif des OIC a été particulièrement compensé par le Centre qui a élargi son public en direction des personnes engagées dans le développement, l’enseignement ou l’action sociale, sans oublier les congrégations religieuses. Ainsi, le CCIG a pu continuer sa tâche en s’affirmant comme:
  • un lieu de relation avec le monde international,
  • un lieu d’information par le Bulletin d’informations internationales édité en trois langues,
  • un lieu de formation et de réflexion avec les sessions.
Ces trois objectifs restent bien dans l’intuition des fondateurs et confirment la continuité d’engagement depuis 50 ans.


2. Un monde nouveau

Parler de l’avenir du CCIG implique de prendre en considération une situation nouvelle qu’on peut illustrer par quelques exemples.

L’organisation de la planète tombe dans le domaine public
  • la mondialisation économique, technique et culturelle
  • les problèmes vitaux de l’environnement
  • le développement de la communication sous toutes ses formes
  • la nouvelle économie en train de surgir d’INTERNET
Au cours de la dernière décennie on avait perçu une présence accrue des ONG autour des Conférences mondiales; elles étaient soucieuses de faire entendre leurs voix au-delà de l’enceinte des débats officiels. Mais c’est à SEATTLE qu’on a vu pour la première fois des milliers de manifestants venus du monde entier pour faire pression sur l’Organisation mondiale de Commerce (OMC), institution-symbole de la mondialisation économique. A nouveau, on vient d’assister à WASHINGTON à un événement du même type visant le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ces rassemblements pagailleux, folkloriques, sans contenu politique précis, marquent les premières rencontres de courants populaires avec les institutions mondiales.

Floraison confuse d’ONG et diversité du contexte
La multiplication des ONG dans la société civile se répercute dans le désordre auprès des Institutions internationales où on voit arriver des associations de toutes natures: internationales, nationales, voire locales et représentatives d’intérêts les plus divers. L’Eglise n’échappe pas au phénomène; à côté des OIC on voit apparaître aux Nations Unies des organismes nationaux d’aide au développement, des institutions religieuses, etc… Au niveau de l’ONU il est permis de se demander ce qu’est aujourd’hui une ONG!
De plus, le travail et l’influence des Associations qui agissent depuis longtemps se trouvent soudain balayés par la vedettisation de nouveaux leaders largement médiatisés; José Bové en est un bon exemple. Enfin, des lieux nouveaux de débats naissent de l’initiative privée, comme Davos.
Ces brèves remarques en forme de flashes visent simplement à souligner le changement rapide et profond de ce qui forme l’environnement de la vie internationale. Cette situation nouvelle appelle une autre vision du CCIG

Quel avenir pour le CCIG?
La mission du Centre demeure la même. Il s’agit d’affirmer – à temps et à contre-temps – que l’Homme est la finalité de l’ordre mondial, quelle que soit la difficulté des évolutions; une affirmation qui trouve sa source dans l’Evangile.
Dans cette perspective il faut d’abord proposer des points de repères fondamentaux à partir desquels pourront s’élaborer des propositions concrètes pour répondre aux problèmes si nouveaux d’aujourd’hui.
Une telle démarche pose deux exigences: avoir une compétence, être entendu.
Pour ce qui est de la compétence, on peut penser que la bonne implantation du CCIG sur la place de Genève, son excellent jeu de relations dans les institutions onusiennes peuvent permettre de traiter les dossiers à un bon niveau.
Etre entendu suppose par contre de repenser le fonctionnement du Centre dont l’audience est actuellement limitée pour l’essentiel aux lecteurs du Bulletin "Informations Internationales" et aux participants aux sessions.
Pendant longtemps la pensée politique qui s’élaborait au Centre trouvait son expression à travers les interventions des Consultants; ce canal n’est plus fiable pour les raisons que l’on sait. Par ailleurs, les débats ne se déroulent plus exclusivement dans le champ des Nations Unies. Nous devons donc être entendus au-delà.

Aller sur la place du village planétaire
Il nous faut aller sur la place de ce village planétaire évoqué par Mc Luhan, ce qui veut dire aujourd’hui s’installer dans la Toile d’INTERNET.
Ce n’est pas un saut dans l’inconnu. D’abord parce que nous avons déjà fait quelques pas dans ce sens, rue de Varembé. Ensuite parce qu’il nous est loisible d’évaluer beaucoup d’expériences et d’en tirer des leçons. Il suffit d’observer ce qui se passe autour des forums, véritables lieu d’échanges, pour constater le rôle que peut jouer INTERNET comme instrument d’information et d’animation (cf Seattle) ou de noter l’audience que donne le net lorsque le travail est bien fait. Ainsi, en dix mois, le journal culturel TELERAMA a vu son site monter à 100.000 visiteurs par semaine!
Certes, rien est aisé. La mise en place d’un site est son exploitation représentent un travail complexe et considérable. Le public touché est volatil. Le virtuel ne conduit pas à l’engagement. Enfin, il y a un coût…

Il n’en reste pas moins que c’est le passage obligé pour donner au Centre la dimension qui doit être la sienne. Il va sans dire que cette proposition n’exclut pas la possibilité d’assurer des services ponctuels aux OIC ou d’organiser des séminaires, bien au contraire, car on y trouverait l’indispensable richesse des relations humaines, le CCIG n’étant pas appelé à devenir un lieu virtuel!

Une organisation nouvelle
Le Centre garderait naturellement son statut d’Association de Droit suisse avec la structure habituelle: Assemblée générale – Conseil – Bureau. Doit-il changer son titre et revenir à celui d’origine (CENTRE INTERNATIONAL D’INFORMATION)? Ce serait plus conforme à nos futures activités et éviterait des confusions possibles avec des textes en provenance de la MISSION DU SAINT-SIEGE.
Pour répondre au programme envisagé, le Centre devrait se doter d’
  • un Club (genre Club de Rome) où les questions d’actualité mondiales traitées à Genève seraient collectées, analysées et commentées. Le Club serait le lieu de préparation des messages du Centre
  • un Directeur responsable de la bonne marche du Centre
  • un Internaute qui mettrait en forme les documents à diffuser sur la Toile et qui gèrerait le site.

Question subsidiaire
INTERNET étant, par nature, de caractère universel, il pourrait être envisagé de créer un site d’inspiration chrétienne pour l’ensemble des réalités internationales traitées par les Nations Unies et ses Agences spécialisées avec trois branches rédactionnelles situées à New-York, Paris et Genève. Chaque ville élaborerait ses textes et gèrerait les retours. L’organisation de l’ensemble serait assurée par Genève.
Mais ceci est une autre histoire…

Il va sans dire que ces quelques suggestions demandent un solide examen de faisabilité. En tous cas, elles expriment le souci de maintenir à Genève un Centre qui soit un lieu d’influence et de référence adapté à un contexte radicalement nouveau.
Genève, le 4 mai 2000







LE CENTRE CATHOLIQUE INTERNATIONAL DE GENEVE
DANS L’HISTOIRE:
A L’OCCASION DE SON CINQUANTENAIRE: 1950 - 2000
Père Joseph Joblin, sj


La création du Centre catholique d’information de Genève a été l’œuvre de pionniers qui n’ont pas seulement mis à profit un créneau nouveau pour «faire connaître l’enseignement de l’Eglise en matière sociale» comme il est dit quelquefois; ils ont anticipé ce que le Concile dira de la présence de l’Eglise au monde (1) en exprimant leur souci de prendre part à la vie internationale qui venait de connaître de nouveaux développements à la suite du deuxième conflit mondial. Leur contribution s’inscrit dans un mouvement qu’ils ont porté plus avant et que poursuivent leurs successeurs. L’Eglise, loin d’être déconcertée par la dimension internationale que prend la société des peuples depuis deux siècles, l’encourage, elle s’y adapte et le Centre de Genève a sa place dans cette évolution.
Le Christ a confié à ses fidèles la mission d’évangéliser toutes les Nations. Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’Eglise ait toujours cherché à se rendre présente aux peuples nouveaux qui étaient découverts. Son histoire fait partie de celle des apôtres évangélisateurs qui ont porté l’Evangile aux confins des terres connues: Saint Martin, Saint Boniface, Saint Anchaire, Saint Augustin de Cantorbéry, Saint François Xavier; de nos jours, Saint Pierre Chanel et tant d’autres ont été les continuateurs de Saint Paul et des Apôtres. Mais l’évangélisation a pris, au cours du 19ème siècle, une nouvelle ampleur qui n’a cessé de s’étendre. D’une part, on a compris qu’il ne s’agissait pas de remplacer les anciennes cultures par celles de l’Occident et que les civilisations païennes avaient des traditions et des valeurs qui leur donnaient une expérience de l’humain qu’on ne pouvait négliger; d’autre part, on a pris une conscience nouvelle des conditions dans lesquelles devait se faire l’annonce de l’Evangile; celle-ci ne pouvait plus être une prédication sans lien avec les conditions concrètes dans lesquelles elle est reçue et devait, notamment, considérer comment éliminer les structures d’injustice qui lui faisaient obstacle. La présence de l’Eglise au monde a changé de mode au cours de ces deux derniers siècles; il n’y a plus d’un côté les professionnels de l’apologétique et de l’entretien ou du développement de la vie chrétienne et, de l’autre, la masse des croyants qui observe les commandements et fait des œuvres de charité. Les conditions de l’accueil de l’Evangile sont désormais de la responsabilité de tous et, pour ceux qui se sentent responsables de créer les structures les plus humaines, le domaine de la politique et de l’action au plan internationale est celui où s’exerce leur témoignage de chrétiens. L’Action catholique est née de la prise de conscience de ce que la transformation de la société était de la responsabilité de l’ensemble du corps ecclésial car il appartenait à tout chrétien, dans sa vie quotidienne, au niveau qui est le sien, de rendre la société plus humaine par une action sur les structures sociales, économiques, culturelles et politiques. Pie XI n’a pas manqué de rappeler que ce dernier domaine était le plus important car il conditionnait tous les autres. Ainsi devait-il dire aux membres de la Federazione Universitaria Cattolica Italiana (FUCI) dans une allocution qu’il leur adressa le 18 décembre 1927:
Les jeunes gens se demandent quelquefois si, en tant que catholiques, ils ne peuvent pas se dédier à la politique. Et, après avoir approfondi leurs recherches sur un tel argument, ils en viennent à établir quelles sont les bases d’une vraie, d’une bonne, d’une grande politique, celle-là qui tend au bien le plus grand, au bien commun, celui de la polis, celui de la civitas, celui autour duquel gravitent toutes les activités sociales. En faisant cela les catholiques comprennent et remplissent un des plus grands devoirs chrétiens, parce que plus est grand le champ sur lequel on peut travailler, plus importante est l’obligation. Et tel est le champ de la politique qui regarde les intérêts de la société toute entière, et que, sous cet aspect, est le champ de la charité la plus ample, celui de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sinon celui de la religion. C’est dans cet esprit que les catholiques et l’Eglise doivent considérer la politique.
L’impulsion donnée par Pie XI à la présence active des chrétiens dans les mécanismes du monde économique et politique lui a valu d’être appelé le Pape de l’Action catholique. L’évangélisation capillaire dont il se fit l’avocat venait couronner une évolution et préparer de nouveaux développements; c’est à l’intérieur de ce mouvement que peut être comprise l’histoire du centre de Genève d’autant que sa création lui a ouvert de nouvelles perspectives.



1.
Aux origines de la présence des chrétiens au plan international


Le 19ème siècle fut celui de la découverte de la question sociale et celui de son internationalisation. Tous les hommes de bonne volonté, chrétiens et socialistes, ont dénoncé le caractère inadmissible de la condition faite aux ouvriers, ce que Pie XI résumera en une formule célèbre en 1931 dans Quadragesimo Anno: «la matière inerte sort ennoblie de l’atelier tandis que les hommes s’y corrompent et s’y dégraden» (2). Convaincus de ce que la transformation des conditions de travail se ferait par une action conduite à l’intérieur des institutions et visant à les réformer, les acteurs sociaux se heurtèrent à cette difficulté que la concurrence ne permettait pas de conduire une politique sociale dans un pays si les autres n’y consentaient eux aussi. Cette constatation les amena à conclure qu’une action devait être entreprise au plan international.
L’histoire sociale contemporaine a commencé par une action contre des institutions vieillies qui ne remplissaient plus leur rôle social; les corporations étaient devenues un milieu fermé qui était cause de chômage et source de privilèges. Les doctrines politiques et sociales empruntées à Locke et à Smith avaient jeté les bases d’une économie nouvelle, mais elles n’avaient pas guéri les plaies anciennes et en avaient créé de nouvelles. Le matérialisme s’installait dans la société car la loi du marché qui était le dernier mot des relations sociales réduisait le travail à n’être qu’une marchandise et négligeait sa dimension humaine. Le développement de l’industrie et du commerce était devenu la raison d’être de l’activité dans la société et était censé justifier l’imposition de journées de travail de 16 à 18 heures, même à des enfants de moins de 10 ans.
La protestation contre cet état de chose s’organisa au nom de l’homme. Les chrétiens, quant à eux, contestèrent l’anthropologie du système libéral qui faisait de l’individu un «rouage» de l’économie. Leurs premiers efforts portèrent sur l’adoucissement de la condition ouvrière par des œuvres de charité et sur l’enseignement aux classes dirigeantes d’une nouvelle philosophie des rapports sociaux destinés à remplacer celle du libéralisme. L’un des ouvrages majeurs de cette époque fut le traité de droit naturel du père Taparelli qui expliquait quels principes devaient régir les rapports sociaux en s’appuyant sur l’analyse des faits (3).
La préoccupation des chrétiens pour les problèmes de société n’est pas partie de considérations abstraites mais de leur souci de mettre à jour les «exigences d’humanité» (4) que tous se sentaient tenus d’atteindre quelle que soit la nationalité, la religion ou le sexe des travailleurs. Leurs premières analyses portèrent sur les réalités économiques nationales. C’est ainsi que le bienheureux Ozanam démonta le mécanisme de l’exploitation capitaliste dans le cours de droit commercial qu’il professa à Lyon en 1839. Parlant de «l’exploitation de l’homme par l’homme», il ajouta: «l’ouvrier machine n’est plus qu’une partie du capital comme l’esclave des anciens. Le service devient servitude: traite des blancs» (5); de même dans un autre passage, en appelait-il à la justice pour «prévenir» les conflits sociaux.
Les analyses d’Ozanam (1839), pas plus que celles de Taparelli (1844) et plus tard Marx (1848), ne pouvaient obtenir de grands résultats à l’époque où le «laissez faire, laissez passer» était de règle; mais elles étaient révélatrices d’une approche de la question sociale qui allait porter celle-ci au plan international. Les premiers théoriciens sociaux ont confronté la réalité aux exigences, aux droits dirait-on aujourd’hui, que tout homme tient du fait d’être un homme (6), à savoir de jouir du niveau de vie suffisant pour lui-même et sa famille (7) comme de pouvoir saisir les possibilités de «croître en humanité» (8) qu’offre la société, possibilités qui sont inscrites dans sa nature comme un devoir (9). Le point de départ était ainsi donné pour se livrer à l’analyse du mystère de la société, lui confronter la réalité et agir pour la modification des structures qui entretiennent les situations d’injustice.




2.
Première réflexion internationaliste des chrétiens sociaux


L’idée d’ententes internationales pour régler les conditions de travail et contenir la concurrence dans des limites acceptables se forma lentement; son étude et son développement furent d’avantage l’œuvre du christianisme social que des mouvements ouvriers qui, se méfiant de toute proposition réformiste, préférèrent longtemps s’en remettre à la révolution violente pour changer la condition ouvrière. Les auteurs qui ont cherché à découvrir les premières traces d’une initiative en faveur d’une législation internationale du travail citent le nom de Robert Owen (1771-1858); celui-ci, après avoir consulté des personnalités suisses comme Pictet de Rochemont et Pestalozzi, lança de Lausanne un appel en faveur de la protection des femmes et des enfants dans l’industrie (1818) (10); d’autres précurseurs méritent d’être cités comme Hindley (1833) qui évoqua devant une commission parlementaire anglaise la possibilité de traités internationaux pour régler la concurrence internationale, Villermé (1837) qui avança dans Annales d’hygiène publique et de médecine légale l’idée d’accords entre fabricants de divers pays pour améliorer la santé des ouvriers. L.-A. Blanqui (1838) qui professait au conservatoire des arts et métiers où il enseignait et déclarait : «On a bien fait des traités de puissance à puissance pour s’engager à tuer des hommes ; pourquoi n’en ferait-on pas aujourd’hui pour leur conserver la vie la leur rendre douce ? (11) Mais la première idée explicite d’une législation internationale du travail se trouve sans doute chez Daniel Legrand, cet industriel protestant des Vosges qui lança plusieurs appels en sa faveur au moyen de brochures qu’il répandit surtout en France mais aussi auprès des chefs d’Etat étrangers de 1840 à 1855.
Bien que les initiatives de Legrand n’eurent aucun succès et furent regardées comme celles d’un rêveur, elles n’en marquent pas moins un approfondissement de la réflexion sur l’incidence des dispositions réglant la vie économique sur les conditions de vie et de travail des ouvriers. Legrand met en évidence les conséquences désastreuses qu’a eues la libre concurrence sur la situation des travailleurs de l’industrie du fait que les Etats n’avaient pas imposé aux entrepreneurs des limites à respecter et ne les avaient pas consacrées par des accords internationaux. Deux Suisses, Frey, conseiller fédéral originaire de Bâle, et Decurtin, député valaisan, coopérèrent pour faire adopter par la Confédération helvétique la proposition d’une réunion internationale consacrée à l’amélioration des conditions de travail. Mais Bismark et Guillaume II s’emparèrent de l’idée et convoquèrent une conférence diplomatique à Berlin en 1890 pour étudier ce thème. Ne pouvant inviter Léon XIII du fait de la question romaine, l’empereur lui écrivit pour lui dire qu’il prendrait Mgr Kopp, prince-évêque de Breslau, dans sa délégation car il le savait tout pénétré de ses intentions ; celui-ci fut d’ailleurs durant la réunion président de la commission sur le repos dominical (12). Si l’on ajoute qu’en 1900 fut créée l’Association internationale pour la protection légale des travailleurs, que le Saint-Siège en fut un membre assidu en se faisant représenter le plus souvent par l’économiste Toniolo et qu’il fut également présent dans la commission technique qui prépara la conférence de Berne de 1906 où furent adoptées les deux premières conventions internationales, celle sur le travail de nuit des femmes et celle sur l’interdiction de l’emploi du phosphore blanc pour la fabrication des allumettes, il est clair que l’Eglise se soucia très tôt de participer aux discussions politico-économiques qui commençaient à se dérouler au plan international.




3.
Fribourg, premier centre d’une réflexion internationale des catholiques sociaux


La seconde moitié du 19ème siècle fut celle de la diffusion de l’idée de la législation internationale du travail; celle-ci fut adoptée par les chrétiens sociaux; ce qui impliquait que leur action sociale ajouterait désormais à la dimension caritative qu’ils lui avaient donnée traditionnellement une autre de nature institutionnelle. Le premier pas en cette direction fut fait par des membres de l’Union de Fribourg (CH). Celle-ci était composée de personnalités catholiques appartenant le plus souvent au monde politique et provenant de divers pays d’Europe (Autriche, Allemagne, France, Italie et Suisse). Ils prirent l’habitude de se réunir à partir de 1884 à l’initiative de Mgr Mermillod, évêque de Fribourg et leurs premiers objectifs fut l’étude des conditions auxquelles des « accords internationaux en faveur des travailleurs » pourraient être conclus « de manière à ce que, à la convention de Genève en faveur des victimes de la guerre puisse bientôt succéder une convention de Fribourg pour la protection des victimes actuelles de l’industrie » (14). Le but était de fournir des bases scientifiques aux hommes d’action en vue d’en finir avec les maux qui venaient du système industriel tout en évitant de tomber dans ceux que provoquerait l’instauration d’un régime socialiste. Au terme de leurs travaux, fut adopté le texte d’une adresse à Léon XIII; celle-ci lui suggérait d’appuyer l’idée d’une législation internationale du travail et même de prendre l’initiative de convoquer une conférence diplomatique au cours de laquelle cette question serait discutée et dans laquelle il se ferait « l’avocat des pauvres » (15). La question romaine fut sans doute la raison principale pour laquelle aucune suite ne fut donnée à cette suggestion alors que le Saint-Siège avait été associé à la conférence de Berlin et qu’il participait à l’Association internationale pour la protection légale des travailleurs de même qu’aux conférences techniques de Berne.




4.
Les Institutions internationales et la Conférence des Présidents


La création de la Société des Nations a modifié structurellement les conditions dans lesquelles les chrétiens pouvaient s’intéresser aux aspects sociaux de la question internationale. Aux tâtonnements qui furent ceux des années qui précédèrent la guerre de 1914 et à la lente évolution qui avait conduit les Etats à traiter internationalement les problèmes liés aux questions du travail dans des conférences ad hoc fut substitué par le traité de Versailles (1919) un mécanisme permanent composé de deux institutions, la Société des Nations et l’Organisation internationale du Travail. Leur mission était, entre autres, de veiller au maintien de la paix en contribuant à l’harmonisation de la politique des Etats dans des domaines aussi divers que ceux de l’économie, du travail, de la santé, des stupéfiants, etc.. . Or, tout programme d’action repose sur une doctrine. Les chrétiens sociaux eurent immédiatement le réflexe de se demander si les principes qui inspiraient la politique internationale étaient ceux qui permettaient de créer la société la meilleure.
Une première prise de conscience de la possible implication des chrétiens dans la vie internationale fut le fait du Directeur général du Bureau international du Travail, Albert Thomas, député socialiste et ancien ministre de l’armement en France durant les années de guerre. Il découvrit, dès 1919, qu’une même préoccupation sociale l’animait (16) ainsi que les chrétiens qui venaient aux réunions du Bureau international du Travail comme membres des délégations de leurs pays respectifs; il y avait parmi eux, non seulement des syndicalistes comme Serrarens ou Tessier ou des diplomates, mais aussi des ecclésiastiques tels Mgr Nolens, ministre d’Etat et président du parti catholique des Pays-Bas ou Mgr Braun, ancien ministre du travail de la République de Weimar; le prestige dont l’un et l’autre jouissaient leur valut d’être élus présidents de la Conférence internationale du Travail. Aussi pensa-t-il s’associer un prêtre de même qu’un protestant comme fonctionnaires au sein du Bureau pour le conseiller dans les relations avec les mouvements chrétiens. Pie XI encouragea cette forme de présence qui montrait l’importance attachée par l’Eglise au fait international (17).
Il est aujourd’hui difficile d’imaginer la fermentation internationaliste qui suivit la création de la SDN et surtout de l’OIT. Le mouvement créé avait un but celui de la paix par l’instauration de la justice sociale, de conditions de travail justes et le désarmement. Une centaine d’Etats adhérèrent au Pacte Briand/Kellogg (1928) qui mettait la guerre hors la loi et proclamait la renonciation à l’emploi de la force dans les relations internationales. Une commission ad hoc fut créée par l’Assemblée de la SDN pour préparer une conférence du désarmement; celle-ci se réunit de 1932 à 1934, mais se révéla être un échec. C’est lors de son ouverture, que Mgr Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, présida une cérémonie en la cathédrale Notre-Dame de Genève à l’occasion de la venue dans cette ville de représentants chrétiens des mouvements de la paix qui entendaient manifester ainsi aux délégués réunis pour la conférence du désarmement (1932) (18) leur volonté de paix.
Les présidents des principales organisations internationales catholiques s’interrogèrent sur leur responsabilité dans une conjoncture où le maintien de la paix était rendu de plus en plus difficile du fait du refus des Etats-Unis de participer à l’œuvre de Genève et de sa perte d’autorité morale dans l’opinion; aussi décidèrent-ils, en 1928, de se réunir annuellement sous la présidence de l’évêque de Fribourg, Mgr Besson, qui se réclamait de la tradition sociale et internationale créée par Mgr Mermillod. La première Conférence des Présidents, selon l’appellation qu’ils donnèrent à leur rencontre, eut lieu en 1927 et elle se renouvela jusqu’en 1939 ; elle regroupait une dizaine de personnes et le jésuite du BIT y était invité ; aucun protocole n’était rédigé; il appartenait à chaque participant de tirer pour son organisation les conséquences de l’analyse de la situation internationale qui avait été faite. Deux lignes d’action s’offraient à eux: l’une, indirecte, en agissant sur l’opinion de leur propre pays et sur les hommes politiques qui prenaient part aux rencontres de Genève; l’autre, directe, en suivant du plus près qu’il se pouvait les affaires internationales; même si les organisations non gouvernementales n’avaient alors aucun accès officiel aux réunions internationales, elles pouvaient entrer en contact avec les fonctionnaires de la Société des Nations comme avec les délégués qui venaient aux réunions.
L’idée de faire de leur intervention dans la vie internationale une démonstration de force était étrangère aux Présidents des associations catholiques. Leur préoccupation était toute autre; elle portait sur les programmes qui étaient adoptés car ils indiquaient les priorités que la communauté internationale se fixait à un moment donné et ils se sentaient responsables d’entraîner les mouvements chrétiens à agir en conséquence; il leur fallait adopter leurs buts et leurs méthodes de travail afin d’être en mesure de participer le plus organiquement qu’il était possible à la vie internationale. Cet objectif n’était pas facile à atteindre d’autant que s’estompaient les perspectives de coopération internationale. En dépit de l’appui donné par une partie de l’opinion aux mouvements de la paix, à l’internationalisme et au désarmement, l’enthousiasme des gouvernements était retombé. Les préoccupations nationales reprenaient le dessus car la situation économique générale était mauvaise. De plus, les Etats-Unis n’allaient plus être les seuls à se tenir à l’écart de la SDN, puisque le Brésil se retirait en 1928, le Japon et l’Allemagne en 1933 et l’Italie en 1937. Ces départs comme l’impuissance de la SDN à résoudre des conflits comme ceux du Mandchoukouo et de l’Abyssinie, rendaient évidents aux yeux de tous la perte d’autorité de l’Institution internationale.
La Conférence des Présidents fut au centre d’un réseau de réflexion sociale sans pour autant exercer une autorité quelconque sur leurs membres ; elle permit d’établir une approche commune des problèmes de société ; celle-ci était répercutée dans l’opinion à travers chaque mouvement par l’intermédiaire de centres sociaux qui commençaient à se créer comme l’Action Populaire, l’Union internationale d’études sociales, the Catholic Social Guild, l’Organisation catholique IKA (en Europe centrale) … ainsi que, pour un public plus large, les Katholikentag ou les Semaines sociales de France et dans d’autres pays dont le Mexique aussi longtemps qu’il fut possible. Leur méthode était socio-éthique; elle partait de l’analyse des situations et cherchaient comment les rendre plus humaines. Les catholiques sociaux interrogeaient dans ce but l’héritage doctrinal qu’ils avaient reçu pour voir comment s’engager avec sûreté dans les situations nouvelles économiques, politiques, sociales et culturelles auxquelles ils étaient confrontés.




5.
La naissance du Centre de Genève


La Conférence des Présidents se réunit à nouveau au sortir de la deuxième guerre mondiale mais son caractère fut quelque peu changé. D’une part, le réseau sur lequel ils s’étaient appuyés jusque là s’était distendu au cours de la période des hostilités et un certain nombre de groupes ou d’institutions relais avaient disparu ou perdu de leur influence; d’autre part, la création de l’Organisation des Nations Unies offrait aux organisations non gouvernementales de nouvelles possibilités de présence aux réalités internationales.
La Charte des Nations Unies contient une innovation considérable par rapport au Pacte de la Société des Nations ; elle dit reposer sur la volonté des peuples (19) et prévoit de les associer à certains de ses travaux (20). De là, la possibilité offerte aux organisations non gouvernementales d’obtenir un « statut consultatif » tant auprès des Nations Unies que des Institutions spécialisées. Le monde catholique voulut profiter des nouvelles possibilités offertes. Le Saint-Siège qui avait été tenu à l’écart de la SDN et n’avait pas été invité à la réunion de San Francisco qui avait décidé de la création de l’Organisation des Nations Unies (1945) vit là une possibilité de s’y rendre présent en recourant à l’usage le plus large possible du statut consultatif par les organisations catholiques internationales. Aussi Veronese, président de l’Action catholique italienne, vint-il à la reprise des travaux de la Conférence des Présidents en 1947 alors que celle-ci avait « à peine été tolérée » avant la guerre (21); dès le 20 février 1948, le secrétaire de la Conférence qui était en même temps celui de Pax Romana adressa à toutes les organisations internationales catholiques (OIC) une lettre circulaire les encourageant à coopérer avec les Institutions internationales. La Conférence des Présidents se transforma alors en Conférence des Organisations internationales catholiques (COIC) et Mgr Sensi, de la Secrétairerie d’Etat, fut présent à la réunion suivante qui se tint à Utrecht (1948).
C’est durant cette période de reconstruction de la vie internationale que fut créé, en 1950, le centre de Genève pour reprendre l’intuition des Présidents sous un jour nouveau adapté aux circonstances de l’après-guerre. Il fut fondé par une diplomate polonaise, Mademoiselle Hedwige de Romer, qui fut avant la guerre de 1939 en poste à la Société des Nations. Sa connaissance des milieux internationaux la désignait tout naturellement pour forger l’instrument qui permettrait aux personnalités catholiques et à leurs organisations de s’y rendre présents; elle eut l’intuition de ce qu’un nouveau centre de pouvoir se constituait et qu’il allait couvrir des champs de plus en plus vastes de l’activité humaine. Ce centre d’information et de documentation était destiné à servir de base logistique aux représentants des OIC qui viendraient à Genève pour exercer leur statut consultatif. Cette initiative s’inscrivait dans la ligne des directives données par le Saint-Siège à la Conférence des OIC d’assurer une présence accrue et compétente des délégués catholiques dans les instances internationales.
La création du Centre de Genève est à la fois le signe d’un achèvement et le commencement d’une étape nouvelle. Destiné à servir de support technique aux OIC, son action ne fut pas toujours comprise. Nombre de dirigeants qui manquaient de préparation technique et de formation politique pour assumer un rôle d’observateur furent déroutés par un monde où chacun est guidé par l’éthique de la diplomatie et les exigences du droit; de plus, plusieurs d’entre eux, dont la mentalité était centrée sur la notion d’apostolat des laïcs (différente de celle de l’Action catholique de Pie XI) semblaient plus préoccupés de donner à ceux-ci une place parmi les clercs (22) que de se plier aux servitudes de l’action internationale. L’action internationale qui était celle des Présidents était marquée par le pragmatisme; ils ne s’interrogeaient pas sur leur identité mais se préoccupaient de conduire les chrétiens à agir en chrétiens dans le contexte socio-politique où ils se trouvaient.
Le Centre s’est maintenu courageusement comme un observateur des réalités internationales mais beaucoup d’OIC n’eurent pas recours à lui soit qu’elles aient adopté une approche doctrinale des questions socio-économiques, soit qu’elles aient préféré agir seules dans le secteur limité qui était le leur. De plus, le renouvellement trop fréquent de leurs dirigeants et la réserve des associations nationales vis à vis de l’action internationale due à une sous-estimation de son importance ont diminué cette forme d’engagement des chrétiens à ce niveau, même si leur discours a eu fréquemment recours à ce mot. Il faut rendre hommage à ceux qui ont maintenu en vie le centre de Genève et rendu attentif l’esprit des chrétiens aux problèmes du monde comme Vatican II devait en rappeler la nécessité.
On ne peut dire pour autant que l’approche des questions internationales qui avaient été celle des Présidents ait été abandonnée; elle était celle des professionnels catholiques qui se demandaient comment rendre la situation plus humaine. Il se sentait un peu dans la position du Bon Samaritain qui trouvant la victime d’une agression sur le bord de la route la place sur la monture dont il dispose et lui donne les soins qu’il peut lui procurer. Cette attitude a été analysée et louée par Paul VI dans son allocution devant la Conférence internationale du Travail au mois de juin 1969:
Un seul but: ni l’argent, ni le pouvoir, mais le bien de l’homme. Plus qu’une conception économique, mieux qu’une conception politique, c’est une conception morale, humaine, qui vous inspire: la justice sociale à instaurer, jour après jour, et d’un commun accord. Découvrant toujours mieux ce que requiert le bien des travailleurs, vous en faites peu à peu prendre conscience et vous le proposez comme un idéal. Bien plus, vous le traduisez en de nouvelles règles de comportement social, qui s’imposent comme des règles de droit. Vous assurez ainsi le passage permanent de l’ordre idéal des principes à l’ordre juridique, c’est à dire au droit positif. En un mot, vous affinez peu à peu, vous faites progresser la conscience morale de l’humanité. Tâche hardie et délicate certes, mais si haute et si nécessaire, qui appelle la collaboration de tous les vrais amis de l’homme. Comment ne lui apporterions-Nous pas notre adhésion et notre appui?
Le centre de Genève a pu pendant 50 ans vivre et occuper une place certaine dans la ville internationale de Genève; son utilité ne fait pas de doutes puisque des centres semblables, chacun avec ses caractéristiques propres, ont été créés dans d’autres villes internationales: Paris, New York, Strasbourg, Bruxelles, Vienne; nul doute qu’il ne soit appelé à de nouvelles responsabilités car le fait international conditionne plus que jamais la solution de nombreuses questions. La mondialisation ne s’opère pas seulement au plan économique; elle avance également au plan politique et dans la confrontation des idées. Les centres devront demain faire face à une nouvelle donne. Jusqu’à présent, l’idéologie occidentale a dominé les Institutions internationales; celle-ci sera contestée par les peuples d’Asie et d’Afrique. Les centres seront appelés à jouer un rôle dans l’adaptation de la mentalité des chrétiens à une nouvelle civilisation.

(1) Gaudium et Spes, 1964 (Paul VI), par 90: « les diverses associations catholiques internationales peuvent rendre de multiples services pour l’édification d’une communauté mondiale pacifique et fraternelle ».
(2) Quadragesimo Anno, par 146
(3) L. TAPARELLI, Saggio teoretico di dritto naturale apoggiato sul fatto Palermo 1840-1842
(4) L’expression a été employée par les gouvernements lorsqu’ils ont commencé à réglementer le droit de la guerre lors de la Conférence de St Pétersbourg (1868) suivie de celle de La Haye (1899, 1907)
(5) F. OZANAM, Cours de droit commercial Lyon 1839-1840 in Œuvres complètes. Préface de M. Ampère t. 8 Paris Lecoffre 1859 2ème ed. pp. 514-515. Daniel Legrand (1783-1859) réclamera à la même époque « l’abolition de l’esclavage des travailleurs blancs » (1838) cité par Justin Godart, Discours à la cérémonie en l’honneur de Daniel Legrand au Bureau international du Travail 6 mai 1937 (sans indication d’éditeur)
(6) J. HERSCH, Le droit d’être un homme UNESCO Payot Paris 1968 p.588
(7) Rerum Novarum (Léon XIII, 1891), par. 35: « L’ouvrier percevra un salaire assez fort pour parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille ».
(8) Rerum Novarum (Léon XIII, 1891), par. 32: « Il n’est permis à personne de violer cette dignité de l’homme que Dieu lui-même traite avec un grand respect, ni d’entraver la marche de l’homme vers cette perfection qui correspond à la vie éternelle et céleste»; la même idée est développée en termes modernes dans Populorum Progressio (Paul VI, 1967), par. 14-21
(9) Populorum Progressio (Paul VI, 1967), par. 16: « Ainsi la croissance humaine constitue-t-elle comme un résumé de nos devoirs »
(10) P. JACCARD, Histoire sociale du travail Payot Paris 1960 p. 304
(11) J. JOBLIN, L’appel de l’Union de Fribourg à Léon XIII en faveur de l’adoption d’une législation internationale du travail in Archivium Historiae Pontificiae 1990/28, p. 358
(12) Civiltà Cattolica, 1890 VI pp. 178-182; 234-236
(13) Le Saint-Siège fut également présent dans la commission technique qui, en 1913, prépara une nouvelle réunion diplomatique; mais la guerre de 1914 rendit cette réunion impossible.
(14) Compte-rendu de la rencontre de 1884 par La Tour du Pin in C. MASSARD, L’œuvre de Mgr Mermillod. L’Union de Fribourg d’après des documents inédits, Louvain 1914 p. 251
(15) Le texte de l’adresse se trouve in J. JOBLIN, L’appel de l’Union de Fribourg…, op.cit. pp. 368-372
(16) J.-P. GRIBLING, W.H. Nolens (1860-1931), van Gorcum Assen 1978, p. 379
(17) J. JOBLIN, Essere Chiesa nella società pluralista, in Civiltà Cattolica 1979 III, pp. 345-357
(18) UNION CATHOLIQUE INTERNATIONALE D’ETUDES SOCIALES, Opinions catholiques sur la limitation et la réduction des armements. A propos des Journées sur la paix et le désarmement du 7 février 1932, Cerf Paris, 1932 p. 64
(19) Charte, Préambule
(20) Charte, art 71
(21) R.-M. GOLDIE, Ramon Sugranyes : International Organisations, COPECIAL and Vatican II, in Notes et documents (Institut Jacques Maritain), septembre-décembre 1998, p. 20
(22) Au sens où Julien Benda emploie ce mot dans son livre : La trahison des clercs, Grasset Paris 1927, p.305

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